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Mont Ventoux: le Golgotha du cycliste

Mont Ventoux

En route

Mont Ventoux: le Golgotha du cycliste

Gravir le Mont Ventoux à vélo est une expérience intense, une découverte de soi, une évaluation de sa force et de sa motivation. De la chambre de notre hôtel à Avignon, je l’aperçois, massif, sombre, inquiétant. Demain, je serai la-haut. Levé aux aurores, je petit-déjeune, ce que je ne fais jamais habituellement: muesli, riz-au-lait, barres protéinées, jus d’orange, café. Sur la route, en passant par Carpentras, le Ventoux se dévoile au travers d’une légère brume matinale. Je m’en approche, la boule au ventre, avec cette idée en tête que je devrais me perdre sur la route pour vaincre le sommet. Nous arrivons à Bédoin à 9h. Il fait déjà chaud.

Mont Ventoux - Bedoin Location - Vélo Look 566 carbone

Le vélo en carbone que j’ai choisi chez Bédoin Location, au km 0 m’inspire une grande confiance, avec son extrême légèreté. C’est un Look 566, vélo français de 8,2kg à peine. Le temps de régler ma monture, de remplir les bidons d’Isostar, d’embrasser ma femme et ma fille, il est déjà 9h30. C’est l’heure du départ.

Mont Ventoux: récit d’une première ascension

Je ressens déjà la chaleur s’accrocher aux premières et très légères pentes. Surtout, pédaler lentement, profiter du paysage encore serein, rassurant, offert par les vignes. Ne pas oublier, déjà, de s’hydrater. Et puis nous arrivons sur un virage à gauche, et la route se fait plus pentue et s’enfonce dans la forêt. Je suis déjà sur mon petit plateau (un 34 ou un 30? je ne sais même plus). Pédaler régulièrement, sans à coup, ne pas se laisser impressionner par les cyclistes qui me doublent, ne pas essayer de prendre leur roues. Toujours en garder sous la pédale. Cette Route Forestière n’en finit plus. Mais au moins, je suis à l’abri du soleil qui transperce discrètement le feuillage. J’apprends sur le tas à pédaler en montagne, à gérer mon effort, à ressentir mes mollets, mes jambes. J’apprends aussi à ne pas me laisser perturber par ces mouches et ces insectes qui tourbillonnent autour de moi. Je manque d’en avaler quelques unes avec ma bouche grande ouverte et ma langue pendue.

C’est la première fois que je roule en montagne. Et je ne sais pas si cette sensation de ressentir parfaitement le bitume sous mes pédales vient de la rigidité du vélo que je monte, ou bien du braquet ridiculement petit que j’utilise, bien que je garde encore deux pignons en réserve. La pente est raide entre 9 et presque 11%, mais je ne ressens pas encore de fatigue. Les bornes kilométriques se succèdent, avec l’indication du dénivelé et la promesse d’un petit bonheur à venir.

Lorsque je double un cycliste ou inversement, on se salue tout en murmure d’un « bonjour », « bonne chance », en français, en anglais, allemand ou flamand. je n’ai jamais croisé autant de personne dans un tel silence. Je suis à l’écoute de bruits de chaines, de respirations, parfois (assez souvent même) entrecoupée de voitures rapides.

J’ai mal aux fesses

J’ai mal aux fesses, mais je n’arrive même pas à me mettre en danseuse. Je ne sais pas pourquoi. Sans doute que je ne trouve pas le bon rythme ainsi, debout sur le pédales.

J’aperçois brièvement le sommet une première fois, alors que je me fais doubler par quelques cyclistes. J’entends chacun s’émouvoir de cette apparition. Moi je lâche un: « putain ». Pas le temps de m’émerveiller. D’ailleurs, la pente se redresse aussitôt. Le sommet est encore loin, mais plus si haut. J’y arriverai, en y mettant le temps qu’il faudra. Je roule à 8 ou 9 Km/h. J’ai soif. Quand est-ce qu’elle se finit cette ***** de Route forestière?

On a l’impression, en regardant l’ascension des cols du Tour de France par les professionnels, que les derniers kilomètres sont les plus difficiles (bien que tout paraisse facile pour un grand nombre d’entre eux). Au Ventoux, c’est l’inverse. La Route Forestière casse les pattes. Et elle me casse les fesses. D’autant qu’ayant mal revissé mon bidon, de l’Isostar a coulé entre me jambes. Le sucre sèche et m’irrite. Et il attire davantage de mouches et d’insectes volants en tout genre, dont un taon, qui s’est perdu sur l’un de mes mollets, m’accordant ainsi, à nouveau, le droit de jurer.

J’ai mal au jambes

Le chalet Reynard promet une Libération. Ma femme m’encourage, mais ma tronche doit lui faire peur. Pourtant je me suis forcé à sourire. Enfin, il me semblait… Et puis arrive le moment où j’ai moins mal aux fesses qu’aux jambes, où l’inverse d’ailleurs. C’est assez confus. je dois me mettre en danseuse. Cette position me soulage quelques instants mais m’épuise. Je vis un calvaire. Mais je l’ai voulu, je l’ai souhaité même. Personne ne me force. Le Ventoux est un Golgotha futile, que je ne gravis plus qu’à 7 ou 8 Km/h. Je me rassure en constatant que le vent est absent du rendez-vous et que la chaleur est largement atténuée par l’altitude.

Les derniers mètres

Il paraît qu’après le chalet Reynard, la pente est plus douce et que l’on peut en profiter pour se refaire, avec un dénivelé de 5,4 à 6,9%. C’est sans doute à ce moment que l’expérience, l’entrainement ou une meilleure alimentation aurait été bénéfique, car je souffre. Lorsque j’aperçois le sommet, je traverse une sorte de transe. L’observatoire est devenu une obsession. Je gémis. Je suis perdu dans la roche. Dans ce paysage lunaire mythique, sec, aride. Je traverse un désert. Des cyclistes m’encouragent. Mes jambes sont percluses de crampes. A peine le mémorial Tom Simpson dépassé, je dois mettre pied à terre. J’enrage. C’est trop bête. D’ailleurs, ce Tom, il est mort de façon trop bête, si proche du sommet. Je n’avais pourtant pas manqué de le saluer d’un petit geste de la main, passant devant le cairn. Je repars aussitôt. J’essaye d’appuyer le moins possible sur les pédales pour ne pas que les crampes reviennent. Quelle ironie. Je pense qu’en pédalant plus lentement, je vais finir par reculer. Mais je n’abandonnerai pas. Posté au bord de la route, un photographe professionnel renonce à sa promesse d’un bon cliché. Ma tête doit lui faire peur. Il me fait signe qu’il n’appuiera pas sur le déclencheur et m’encourage. Je lui en suis reconnaissant. Je finis mon bidon, en espérant qu’il me fera trouver un dernier souffle. La pente devient moins raide, j’en profite pour me refaire, avant les derniers virages.

Je regarde mon compteur. Je suis encore capable d’atteindre mon objectif modeste de 2h30 d’ascension. J’accélère. En danseuse, les crampes reviennent mais s’effacent immédiatement. Je n’ai plus le temps. C’est un sprint final sans merci, à une vitesse folle de 10 Km/h, peut être 11! J’ai l’impression (ridicule je le concède) d’accélérer sans cesse. Dans les dernières centaines de mètres, sans aucun doute les plus durs de toute l’ascension, je n’ai même pas le temps de jurer après m’être fait piquer une seconde fois par un taon. Je suis au maximum de mes capacités. Je ne peux pas aller plus vite.

Je pleure

Au sommet du Mont Ventoux, je défais mes cales-pieds, essaye tant bien que mal d’appuyer délicatement mon vélo sur une rambarde. Je ne peux plus bouger. Mes jambes deviennent molles. Je m’effondre plus que je ne m’assoie par terre, à même le bitume. J’ai réussi. J’ai mal aux jambes. Je tremble de tout mon corps. 2 heures et 29 minutes d’ascension. J’ai vaincu ma peur, je n’ai pas été ridicule. J’ai certes mis pied à terre mais je ne pouvais pas faire autrement. Je suis allé au bout de mes forces, au bout de ma motivation. Je pleure, de douleur, de fatigue, de joie. J’ai réussi.

J’ai perdu le sens de l’humour

Après avoir retrouvé mes esprits, je cherche désespérément ma femme qui a manqué la photo finish. Je redescends vers la voiture que j’ai aperçue dans un moment de lucidité à une centaine de mettre du sommet. Elle m’aperçoit et me propose de remonter pour immortaliser a posteriori ce moment. J’ai mal aux fesses, j’ai mal aux jambes, je pense déjà à la descente pour rendre le vélo à temps, et manifestement, j’ai perdu le sens de l’humour – à moins que ce ne fût pas blague (je ne le sais toujours pas).

J’ai mal aux doigts

Les premiers kilomètres de descentes sont impressionnants et me font peur. Je dépasse pour la première fois les 65 Km/h. Je sens mon vélo vibrer. J’ai lu quelque part que les roues en carbone freinent mal. Aussi je prends les devants en freinant plus que de raison, de peur d’arriver au bas de la pente plus vite que prévu. Mais dès les freins relâchés, je prends trop de vitesse à mon goût. Je n’apprécie pas ce moment, qui demande pourtant bien moins d’efforts que la montée. Je décide de ne plus lâcher mes freins.

A force de freiner, mes index et majeurs sont engourdis. La descente me donne cette impression bizarre de durer aussi longtemps que la montée, malgré ma vitesse impressionnante. Les patins écrasés sur les roues parviennent à peine à me faire passer sous la barre des 50km/h. Au Chalet Reynard, je dévie complément de ma trajectoire, craignant de déraper ou de voir le soleil en freinant trop fort. La Route forestière est une succession de virages rapides. La chaleur y est devenue étouffante, contrairement à la matinée. Je prends confiance en moi, je freine de moins en moins, ou plutôt, de plus en plus tard. J’avale les derniers kilomètres avant Bédoin pour être sûr de rendre le vélo à l’heure. La chaleur est étouffante, le bitume semble brûlant. 12h30. C’est parfait. J’ai avalé la descente en 30 minutes à peine.

J’ai mal partout

Je rends le vélo au loueur, peinant à marcher correctement. J’ai envie d’une cigarette. C’est fou quand même. Toute cette ascension pour ne penser qu’à une chose: me rallumer une clope. Je me console avec une bière et un plat de pâte dans un troquet. J’envoie des cartes postales du Ventoux à ma famille et à mes amis. Au grand-père de mon épouse, cyclotouriste amateur, qui doutait de mes capacités cyclistes, j’envoie: « vous aviez tort: j’ai réussi »!.

Ce plat de pâtes est réconfortant. Il me ferait presque oublier mes douleurs aux mollets, aux cuisses, aux fesses, aux doigts, mais aussi à l’entre-jambe, à vif. Pourquoi n’avais-je pas bien vérifié la fermeture de mon bidon?

Mont Ventoux 13

On remet ça?

Deux jours plus tard, chez des amis en Corbières, on me propose un footing dans les vignes. Il y a un petit vent frais. le ciel est dégagé. Et je me sens en forme. Nous courons moins d’une heure, sur des chemins de terre, grapillant ça et là de juteux raisins. Ma foulée est légère. Je ne ressens aucune douleur. Je pense au Ventoux. Je pense à tous ces cols mythiques qui m’attendent et que je ferai un jour.

Quand j’étais môme, le Mont Ventoux était un rêve. En jaune bien évidement. Au sommet, au terme d’une longue échappée, en solitaire bien sûr, je déjoue les pronostics, je revêts cette tunique tournesol et reçois la peluche féline du Crédit Lyonnais. Mon écart est suffisant pour atteindre les Champs Élysées en vainqueur. Et puis la vie se construit bien différemment, c’est à ça que servent les rêves.

Mais le Ventoux, le Mont Ventoux, je l’ai vaincu et il appelle en moi d’autres sommets: le Tourmalet, le Galibier, l’Iseran, l’Allos, la Bonette, l’Isoard… Et les cols italiens, le Stelvio, le Mortirolo… Le Mortirolo, justement. Chez Bedouin Location, un beau maillot cycliste rose, noir et blanc en l’honneur de ce col a attiré mon attention. Le vendeur me dit que si j’ai été assez fou pour le Ventoux sans entrainement, je prendrai sûrement autant de plaisir à le gravir. J’achète la tunique. Chiche!

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